| LES PEINTRES que l'on désigne sous le label « école lyonnaise » ont toujours voulu montrer leur paysage familier au tableau, pour autant qu'ils ont été marqués par lui. C'est en 1817 qu'il est fait à Paris, pour la première fois mention d'une « école lyonnaise » de peinture avec Thierriat, Revoil, Duclaux, Bonnefond, Grobon, etc. Depuis longtemps, en fait, cette terre « d'entre les fleuves » a porté des artistes magnifiques, qu'on ait pu les cataloguer ou non sous le vocable du « régionalisme ». C'est une étiquette qui a su les desservir, car elle a, souvent, éteint leurs ambitions « nationales ». C'est un titre qui les a, d'autres fois, conforté dans leur forte identité, puisqu'ils se sont ainsi donnés une marque reconnaissable entre toutes, au-dedans d'un geste spontané qui a su s'accommoder de variations subtiles, et leur permettre, au travers des influences multiples, de trouver en quelque sorte une couleur « locale », qui convenait à merveille à cette ville embrumée bordée de tant de rives. On comprend bien la persistance de cet esprit lors de la visite du musée des Beaux-Arts de Lyon et du musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône : quand François-Auguste Ravier invente le pré-impressionniste brossant vigoureusement une vue de « Morestel », le « Barbizon lyonnais », paysage identifiable dans son reuvre, quand Combet-Descombes est happé par la lumière couchante irradiant la façade des « Hauts fourneaux » de Chasse-sur-Rhône, quand Henri Vieilly fait de la « Basilique sur la colline » un objet sacré dans les bleus et les ors, quand Pierre Pelloux murmure le silence d'un « Paysage vide », quand Jean Couty installe son « lie Barbe » au ventre du fleuve, quand Jacques Truphémus joue des variations de lumière entrevues autour de la « Place Bellecour », quand Fusaro propose une halte « Sur le chemin de Compostelle » à Saint-Jacques'des-Arrêts, quand Patrice Giorda hurle une « Hymne à Marie » du haut de la cité, quand Patrice Mortier restitue les bruissements urbains à « Villeurbanne », comment ne pas vouloir que de très jeunes peintres comme Claire Folliet, Sandrine Cerdan, Hervé Fayel, Geneviève Garcia-Gallo, Fabienne Comte Bernard Rouyard ou Magali Cazot, inscrivent à leur tour et à leur façon, leur talent dans cette tradition, tous émus par le décor « habité » de cette ville qui attire l'œil et retient le cœur de ceux qui s'y attardent. Ce sont ces « paysages de peintres », issus de collections publiques et privées, que Bernard Gouttenoire, critique d'art au Progrès, chargé de mission pour la culture au conseil général du Rhône, auteur du « Dictionnaire des peintres et sculpteurs à Lyon, aux XIX et XX siècles » (éditions La Taillanderie 2000) nous fait découvrir et goûter dans une promenade jalonnée de ses choix, ses coups de cœur. L'on y découvre soit un lieu disparu, soit un peintre inconnu, soit encore et, pourquoi pas, un tableau jamais vu d'un maître reconnu, des œuvres que seul l'auteur sait dénicher pour un parcours inédit où se mêlent judicieusement l'histoire et le plaisir, où se retrouvent intimement la connaissance et la contemplation. L'éditeur. |